Accompagner ou transmettre : la posture du bon accompagnant

La fonction de l’accompagnant, du chaman au thérapeute en passant par le hiérophante, est une fonction de service dans un lieu liminal entre l’humain et le sacré. Elle expose à un risque de toute-puissance, que la supervision, l’humilité et le questionnement permanent permettent de contenir.

Qu’est-ce que la fonction de l’accompagnant ?

La fonction de l’accompagnant n’est pas un titre honorifique : c’est une fonction de service. Le chaman, le thérapeute et le hiérophante occupent une place particulière, dans un lieu liminal situé entre la personne qui vient consulter et l’autre côté du miroir : les esprits, la vie, la nature, le sacré, le divin.

Cette fonction s’adresse à l’âme, à la psyché, à l’humain dans sa vision holistique. Elle est au service de la rencontre entre l’humain et ce qui le dépasse, là où le médecin et le psychologue restent au service d’un seul côté. L’accompagnant chemine entre les deux.

Le chaman est une fonction de service comme le thérapeute. Il est au service de la rencontre entre l’humain et le sacré, dans ce lieu liminal.

Eric Marchal

Accompagner ou transmettre : quelle différence ?

Accompagner, c’est marcher avec. Transmettre, c’est un peu être sachant. Cette distinction est au cœur du métier : l’accompagnant ne pose pas sa certitude sur l’autre, il le rejoint sur son propre chemin et lui permet d’aller plus loin que là où il est déjà.

Plus l’accompagnant a cheminé, plus il doit rester présent à l’autre et au vivant. Le danger de la transmission est de devenir un sachant qui radote, enfermé dans ses certitudes, au lieu de laisser passer le sacré qui se manifeste de mille façons.

Accompagner, c’est marcher avec. Transmettre, c’est un peu être sachant. C’est la différence entre la certitude et la présence.

Eric Marchal

Le risque de toute-puissance de l’accompagnant

L’accompagnant est exposé au fantasme de toute-puissance : la tentation de croire qu’il sait mieux que l’autre ce qui est bon pour lui. Une bienveillance maladroite peut devenir paternaliste ou surprotectrice, et imposer ses convictions. C’est le piège de l’hybris, de l’ego spirituel.

  • Le risque de croire que l’on sait mieux que l’autre
  • La tentation de guérir par sa propre volonté
  • La confusion entre sa vie personnelle et sa fonction
  • L’illusion du sachant qui ne se remet plus en question

La seule différence entre une voie d’accompagnement et une secte tient à cette question : au service de qui ? Si l’accompagnement sert le plaisir, l’argent ou l’ego de l’accompagnant, il devient dangereux. S’il reste au service de l’accompagné et du sacré, il demeure éthique.

Pourquoi la supervision est indispensable pour accompagner

La supervision est le lieu qui permet de contenir le risque de toute-puissance. Elle offre un regard extérieur, structuré et bienveillant, pour déposer les situations difficiles, repérer le transfert et le contre-transfert, et interroger sa posture en permanence.

Traditionnellement, les chamans et les accompagnateurs spirituels étaient formés, guidés et supervisés par les aînés, dans des cercles de sagesse. Sans ce lieu ni ces personnes, le risque est l’auto-illusion et l’inflation de l’ego spirituel.

Ceux qui n’en voient même pas l’utilité sont, à n’en pas douter, les plus dangereux.

Eric Marchal

L’effet Dunning-Kruger chez l’accompagnant

L’effet Dunning-Kruger décrit le décalage entre les compétences réelles et la croyance que l’on a de son niveau. Les débutants se croient toujours très avancés, tandis que l’expérience amène le doute. Un accompagnant qui a peu cheminé se croit sachant ; celui qui a beaucoup travaillé se pose des questions.

C’est pourquoi la légitimité se construit aussi dans le regard d’un pair expérimenté. La supervision et les cercles de sagesse sont des lieux importants pour continuer à se questionner et ne pas devenir des sachants. C’est exactement l’objet du parcours de supervision L’Échelle.

L’homme creux, creuser le sillon

Pour transmettre, l’accompagnant doit devenir creux : enlever ses certitudes, ses identifications, ses peurs. Plus il est creux, plus ce qui doit passer peut traverser. La purification, en chamanisme, n’est pas morale : elle est presque mécanique, pour ne pas faire écran au réel.

Creuser le sillon, c’est préparer le terrain : calmer le corps, le souffle, les pensées. L’état méditatif, la grâce, l’éveil sont donnés ; ils ne sont jamais le fruit de l’effort. Mais l’accompagnant peut multiplier les chances qu’ils adviennent en se préparant, sans s’accrocher à l’objectif.

Les rites de passage et la réagrégation

L’Occident est l’une des premières civilisations sans rite de passage. Sans initiation, une société devient une société d’adolescents, où l’on ne laisse pas de place aux jeunes qui viennent. Le rite de passage comporte trois phases : séparation, liminalité, réagrégation.

La réagrégation est le moment où la personne est accueillie et reconnue comme nouvelle. Sans cette reconnaissance par la famille et la société, l’initiation ne prend pas. C’est un point central pour tout accompagnant qui guide quelqu’un à travers une expérience forte : il doit l’aider à se réinscrire dans le monde.

Repères et Transcription de la vidéo

[00:00] - Introduction : la transmission en chamanisme
[07:30] - Le chaman comme fonction de service, pas un titre honorifique
[14:00] - Thérapeute, chaman, hiérophante : le lieu liminal
[20:00] - Accompagner ou transmettre : la distinction clé
[29:00] - Le risque de toute-puissance de l'accompagnant
[35:00] - L'homme creux, creuser le sillon, devenir
[46:00] - Les rites de passage et la réagrégation
[54:00] - L'effet Dunning-Kruger et l'importance de la supervision
[60:00] - L'apophase, l'Atman et le Brahman, la transmission

Questions Fréquentes

Pourquoi la supervision est-elle indispensable pour ceux qui accompagnent ?

La supervision permet de déposer et de trier les difficultés inhérentes à l’accompagnement : projections, transfert, contre-transfert, et toutes les questions qui demandent du recul. Sans ce regard extérieur, l’accompagnant risque l’auto-illusion et le fantasme de toute-puissance. C’est le lieu où l’on prend soin de l’être accompagnant.

Quelle différence entre accompagner et transmettre ?

Accompagner, c’est marcher avec l’autre sur son propre chemin. Transmettre, c’est se positionner en sachant. L’accompagnant ne pose pas sa certitude sur l’autre : il lui permet de cheminer, de se désidentifier et de se relier à ce qui le dépasse, sans s’enfermer dans un rôle de maître.

Comment éviter le risque de toute-puissance de l’accompagnant ?

En se soumettant à la supervision, en s’interrogeant en permanence et en restant au service de l’accompagné et du sacré. La question décisive est : au service de qui ? Si l’accompagnement sert l’ego, l’argent ou le plaisir de l’accompagnant, il devient dangereux. L’humilité et le doute sont des garde-fous.

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