“Bienvenue aux véritables et géniaux accompagnants, ces « manipulateurs » qui n’ont jamais hésité à faire rimer leurs pratiques, avec ou sans « -ismes », avec pragmatisme. Dans ce livre, comme dans la « médecine chamanique véritable », tout ce qui est efficient est admis, et uniquement ce qui est efficient.”
Sur l’éthique du geste thérapeutique (Prélude)
Comment redonner ses lettres de noblesse à la « manipulation » thérapeutique sans tomber dans l’abus d’influence ?
“Dans le Bwiti, le chamanisme du Gabon, celui qui va se faire initier, le « bandzi », passe régulièrement par une phase d’inflation de l’égo spirituel. Ce à quoi l’initié, le Nganga, répond d’un intransigeant : « Va te rasseoir !!! ». C’est un véritable geste d’amour que de stopper là immédiatement, de façon non discutable, celui en train de se fourvoyer.”
Sur le piège de l’ego spirituel (Chapitre 1 : Ordonner)
Quand l’ordre et la fermeté deviennent-ils les ultimes outils de la compassion ?
“Le coach, lui, croit avoir le pouvoir de changer drastiquement la destinée de son accompagné avec quelques formules. […] En réalité, si quelques injonctions permettent réellement d’influer sur sa trajectoire, il y a fort à parier que le coach soit une sorte de mouche du coche, inutile, et qui s’attribue le mérite d’accomplissements qui ne lui reviennent pas.”
Sur l’illusion de la toute-puissance du coaching (Chapitre 2 : Enjoindre)
Comment sortir du piège des « coachs sur-vitaminés » pour retrouver une responsabilisation réelle et écologique de l’individu ?
“Nous les reconnaissons ces thérapeutes bien-pensants, vernis de chance, dont le comportement dit en vérité : « fais comme moi, je suis aligné, il ne m’arrive que de belles choses ». Sous-entendant : « si tu es malade, pauvre ou triste, c’est de ta faute ».”
Contre la tyrannie de la pensée positive obligatoire (Chapitre 2 : Enjoindre)
Comment ne pas devenir un marchand d’illusions tyrannique ?
“ »Le savoir remplit la tête mais la connaissance ouvre l’être. » C’est là toute la différence entre savoir (accumulation d’informations qui peuvent être expliquées) et connaissance (transformation intérieure et ouverture au sens). L’explication sied au savoir, elle est inappropriée à la connaissance.”
Sur la frontière entre accumuler du savoir et s’éveiller (Chapitre 3 : Expliquer)
Comment franchir le pas de la compréhension intellectuelle vers la véritable transmutation de soi ?
“Que notre écoute ne serve ni d’excuse ni d’occasion à une logorrhée nombriliste et sans fin dans laquelle se perdrait le patient. Qu’ainsi nous ne permettions pas que celui qui se dit, s’écoute, se mire tel narcisse, finisse par s’enfoncer dans sa boue, jusqu’à se noyer dans sa plainte.”
Contre la complaisance de la plainte infinie (Chapitre 4 : Écouter)
Comment l’art du silence et la posture basse permettent-ils d’amener enfin « la fin de la plainte » ?
“L’enfer étant pavé de bonnes intentions, la « magie noire » commence dès que c’est l’accompagnant qui veut pour l’accompagné. L’induction ne doit pas être « vouloir faire le bien d’autrui en dépit de son gré ».”
Sur la limite invisible de l’aide bienveillante (Chapitre 5 : Induire)
Comment induire et suggérer des ressources inconscientes sans jamais assujettir, façonner ou envoûter l’autre ?
“Peut-être nos êtres profonds, comme deux icebergs, dialoguent-ils déjà dans l’immensité invisible de leurs neuf dixièmes submergés, bien au-delà de la surface apparente. Ne reste qu’à semer quelques graines…”
Sur la puissance thérapeutique du symbole (Chapitre 5 : Induire)
Comment l’accompagnement dépasse-t-il la simple technique verbale pour devenir une communication d’inconscient à inconscient ?
“La question du « comment » a laissé la place à celle du « pourquoi ». […] Quand la science se prétend l’alpha et l’oméga de toute vérité, elle est une fois encore ruine de l’âme.”
Sur la limite des sciences rationnelles (Chapitre 6 : Évoquer)
Comment naviguer dans le monde « imaginal » et symbolique sans déraper dans les dérives mystiques ou les superstitions ?
“Comment comprendre qu’abandonner son propre pouvoir, son propre libre arbitre et se laisser « Ordonner » peut être la liberté suprême ? Beau programme à méditer !”
Sur la liberté suprême de s’en remettre à plus grand (Chapitre 8 : Ordonner bis)
Comment le plus directif des verbes se transmute-t-il, à une octave supérieure, en un alignement libérateur sur un ordre plus vaste ?
“J’invite le futur explorateur de la conscience à se poser la question de savoir s’il se sent plus en sécurité avec un médecin qui lui tient la main quand il traverse un épisode confrontant, ou avec un Thérapeute/Chaman qui a plongé avec lui et qui va le rechercher au fond du gouffre avec la corde de son chant.”
Sur le rôle crucial du guide dans les états modifiés de conscience (Livre 4 : Psychédéliques & Enthéogènes)
Pourquoi les protocoles cliniques occidentaux passent-ils à côté de la dimension sacrée et initiatique des plantes maîtresses ?
“Comment ne pas réifier, essentialiser, chosifier celui qui a été simplement qualifié d’accompagné jusqu’ici ? On rencontre parfois malheureusement cela […] ; le patient est un numéro, un client, un cas, « le tuberculeux du 3e étage ». Il est temps de lui réserver ici un passage complet…”
Sur l’altérité et l’humanisation de l’accompagné (Livre 2 : Le Complément)
Comment extirper la relation thérapeutique des froides grilles cliniques pour réhabiliter la rencontre d’égal à égal, d’humain à humain ?
“Non, l’accompagnant n’est pas le père, la mère, le frère, la sœur, le juge, le sauveur, celui qui fait des miracles, le mentor idéalisé… Tous ces rôles nous seront attribués tour à tour, mais nous devrons prendre garde à n’en jouer aucun sur ce registre.”
Sur le positionnement éthique face aux projections (Livre 3 : Le Sujet)
Quels pièges psychologiques et quelles chaînes de dépendance risquent de s’abattre sur le patient si le Thérapeute accepte d’endosser ces projections inconscientes ?
“Dès qu’il y a mélange des genres, il y a abus. Le thérapeute doit être qualifié de toxique dès qu’il ouvre la porte d’une relation sur le plan de l’intime plutôt que sur celui du thérapeutique et dès que la relation est à son profit plutôt qu’au service de l’accompagnement.”
Sur l’interdiction absolue d’abuser du transfert (Livre 3 : Le Sujet)
À l’ère de l’exhibition de l’intime sur les réseaux sociaux, comment débusquer cette frontière subtile et toxique où la relation d’aide glisse vers l’intérêt personnel de l’accompagnant ?
“L’hubris c’est quand tout le monde veut être le 7eme ciel, mais que personne ne veut porter les six étages précédents. […] Chaque niveau doit être la base solide sur laquelle s’appuiera la suivante.”
Sur l’illusion du « 7e ciel » sans fondations solides (Livre 4 : Psychédéliques & Enthéogènes)
Pourquoi vouloir s’élancer vers la transcendance spirituelle est-il une folie destructrice si l’on a ignoré le patient travail d’ancrage psychologique sous-jacent ?
“Nos accompagnements n’ont de sens que dans l’Amour. Une forme d’amour ajustée à notre fonction, depuis notre juste place. […] Une base de tout le reste, sur lequel je n’ai rien à dire, mais devant qui je m’incline une fois de plus…”
Sur le secret ultime de toute relation d’aide (Postlude)
Au-delà des techniques linguistiques les plus affûtées et des rituels ancestraux les plus vertigineux, quelle est cette présence indicible qui transmute réellement ?
“L’Occident, la science et la médecine s’autoproclament seuls compétents et légitimes pour en parler et administrer ces « médecines » d’origine naturelle et chamanique. Elles s’accaparent les Psychédéliques & Enthéogènes comme un enfant égotiste arrache le jouet de son grand frère…”
Sur l’accaparement médical et la « guerre » des légitimités
En écartant d’emblée la sagesse des peuples autochtones pour s’en approprier le monopole, de quelles dimensions cruciales de la guérison la science moderne se prive-t-elle ?
“J’ai d’ailleurs entendu des médecins évoquer leur décoration, les plaids mis à disposition, les jolies couleurs choisies de la pièce, les lumières tamisées, le petit objet à triturer pour se détendre. C’est bien… Mais ce n’est que le premier étage.”
Sur les limites du simple « confort » clinique (L’illusion du cadre matériel)
Si un plaid et une lumière tamisée ne suffisent pas, quels sont les rituels, les chants en direct et les outils symboliques indispensables pour ouvrir les portes du numineux ?
“C’est pour cela que la danse est un Art, et pas une technique. C’est pour cela qu’il faut être un excellent technicien de l’accompagnement avant d’espérer en être un jour un artiste, ou plus loin encore, un Maestro.”
De la rigueur technique au lâcher-prise artistique
Comment l’intégration parfaite des premiers verbes de l’échelle permet-elle à l’accompagnant de s’effacer enfin pour laisser place à la grande magie de l’improvisation ?
“À chaque leçon, [le maître] répète « Tat Tvam Asi » (« Tu es Cela »), révélant progressivement […] que son essence profonde est identique à la Réalité ultime, menant à la réalisation non-duelle et à la libération spirituelle.”
La dissolution de l’illusion de séparation (Livre 1, Chapitre 7 : Incanter)
Comment l’accompagnement spirituel le plus élevé consiste-t-il non pas à réparer ou à modifier l’histoire personnelle de l’individu, mais à lui révéler un Absolu ?
“ »Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être » (Spinoza). L’énergie est alors véritablement vitale, à la fois effort et élan, inné, en toute chose.”
Le Conatus, ou l’élan vital indomptable (Livre 2 : Le Complément)
Si l’accompagné porte intrinsèquement en lui cette force universelle de préservation et d’épanouissement, comment l’accompagnant peut-il se mettre au service de cet élan sans jamais l’entraver par sa propre volonté de contrôle ?
“ »L’intention et le pouvoir personnel furent des aides. L’intention et le pouvoir personnel sont les entraves. » Car devant de telles puissances, de telles énergies, l’égo et le pouvoir personnel vont vouloir imiter cela, se l’approprier, s’y identifier…”
Le grand paradoxe du pouvoir thérapeutique (Livre 1, Chapitre 7 : Incanter)
Quel est ce moment charnière où le guide doit renoncer à ses propres intentions de guérison pour s’effacer et s’abandonner pleinement à un Ordre plus vaste ?
“L’opérateur […] se devra d’être un Alchimiste, au sens où il devra être conscient qu’il est lui-même la matière première (Prima Materia) sur laquelle il doit travailler […] Il est le plomb qu’il devra transmuter pour réaliser le grand œuvre de l’Accompagnement.”
Le thérapeute comme sa propre matière première (Livre 3 : Le Sujet)
Pourquoi est-il impossible d’accompagner autrui plus loin que le point exact où nous avons nous-mêmes accepté de vivre nos propres phases de décomposition, de purification et de métamorphose ?
“Ramana Maharshi […] propose la pratique de l’Atma-Vichara (l’investigation du Soi) où se posent tranquillement, fermement, et de plus en plus profondément, l’unique question toujours répétée : « Qui suis-je ? » […] Puisse l’Accompagnant […] ne jamais croire connaître la réponse, jusqu’à se dissoudre dans la question.”
La profondeur de l’investigation du Soi (Livre 3 : Le Sujet)
Que se passe-t-il lorsque la relation d’aide se dépouille de toutes ses techniques relationnelles pour ne laisser subsister que la qualité de présence face à l’immensité du vide ?
“Comme une phrase sensée pleine de sagesse assénée par un maître Yoda hollywoodien : « Accompagner » « mon jeune Padawan » « je le peux »”
Sur la structure du livre et le plan grammatical (Prélude)
Comment faire comprendre la triade Sujet/Verbe/Complément du livre tout en faisant sourire les geeks et les amoureux de pop-culture dès les premières pages ?
“…revoir ce sketch des Monty Python où un éminent thérapeute se targue de « guérir » ses patients en une très courte séance : il laisse son patient dérouler la litanie de ses problèmes… puis il lui assène un ordre simple et tonitruant « Stop it ! » … et c’est tout…”
Sur l’illusion du coaching de résolution express (Chapitre 1 : Ordonner)
Utiliser l’absurde britannique pour épingler les « coachs sur-vitaminés » et les recettes miracles de la pensée positive obligatoire.
“…je me retrouvais encore à parler seul devant un humain qui avait tous les signes du dormeur, bave au coin des lèvres en option. Le moment arrivait d’appliquer le protocole B-47 de recadrage, le Z-23 d’ancrage…”
Sur l’ennui des protocoles d’hypnose rigides (Chapitre 5 : Induire)
Le quotidien sans fard du thérapeute débutant piégé dans sa technique, qui s’ennuie face à un patient qui… dort, tout simplement.
“Très régulièrement une personne me dit que je suis venu la visiter et que j’ai eu un rôle important dans son rêve… Ma réponse est toujours la même : « si tu penses que c’est moi, je te fais payer une séance au tarif de nuit », ce qui a toujours eu pour effet de dissiper le doute.”
Sur l’art de recadrer les projections spirituelles (Livre 3 : Le Sujet)
ou comment dégonfler instantanément l’illusion de « toute-puissance » astrale que l’accompagné projette sur son thérapeute 😉 .